flux du site | |
| url du flux : | |
Attention, petite révolution éducative potentielle en orbite !
Quoi ? Tout ça pour de simples « cours en ligne » alors que ça fait dix ans qu’on en parle et qu’on en fait !
Oui, mais d’abord il s’agit du prestigieux MIT de Boston[1]. Ensuite ils semblent avoir été conçus pour être capable d’être suivis et administrés totalement en ligne grâce à une efficiente plateforme. Et enfin ils s’inscrivent d’ores et déjà dans le Libre Accès (en prévoyant de rendre au plus vite les ressources libres]).
Je vous laisse imaginer les futurs impacts possibles à l’échelle mondial…

MIT launches free online ‘fully automated’ course
Sean Coughlan - 13 février 2012 - BBC
(Traduction Framalang : Lamessen, OranginaRouge)
L’institut de Technologie du Massachussetts (MIT), l’une des universités parmi les mieux classées au monde, a annoncé ses premiers cours gratuits qui peuvent êtres suivis et évalués entièrement en ligne.
Un cours d’électronique, qui commencera en mars, sera le premier test de ce projet en ligne, connu sous le nom de MITx.
Ce cours interactif est conçu pour être totalement automatisé, et les étudiants qui réussissent recevront un diplôme.
L’université américaine dit qu’elle veut que MITx « brise les barrières de l’éducation ».
Ce schéma novateur représente une avancée significative dans l’utilisation des technologies pour permettre l’accès à l’enseignement supérieur.
Il y a déjà des formations en ligne, mais la proposition du MIT est originale car elle invite les étudiants du monde entier, sans conditions d’admission ni frais, à étudier pour obtenir un des diplômes du MIT.
Le MIT, comme de nombreuses autres grandes universités, rend ses supports de cours disponibles en ligne, mais le modèle MITx va encore plus loin en créant un cours agréé spécifiquement pour les étudiants en ligne.
Les supports de cours et les diplômes sont disponibles en ligne.
Avant Noël, l’université basée à Boston a annoncé son intention de créer MITx. Lundi, elle a exposé la façon dont cela serait mis en place, avec la création du cours 6.001x : Circuits et Electronique, basé sur le cours existant de l’université du même nom. Ce n’est pas une « version édulcorée » ou « allégée » du cours de l’université, explique le porte-parole de l’université.
La principale différence est que la version MITx a été conçue pour les étudiants en ligne, avec un laboratoire virtuel, des manuels numériques, des discussions en ligne et des vidéos qui sont l’équivalent de cours. Il est prévu de prendre 10 heures par semaines, et ce jusqu’en juin.
Anant Agarwal, le directeur du laboratoire informatique et intelligence artificielle du MIT, qui sera l’un des enseignants de ce cours, explique qu’il a été « conçu pour tenter de le maintenir l’engagement et la motivation ».
« Il y a des exercices interactifs pour voir si on a compris » dit le professeur Agarwal. Bien qu’il n’y ait pas formellement de conditions d’entrée, il précise que les étudiants devront avoir des bases en mathématiques et en sciences.
Dans ce stage expérimental, l’évaluation en ligne dépendra d’un « code d’honneur », dans lequel les étudiants s’engagent à suivre honnêtement le cours. Mais dans le futur, l’université explique qu’il y aura un mécanisme pour contrôler l’identité et vérifier le travail.
Après le premier cours d’électronique, l’université a prévu de proposer des cours dans des domaines comme la biologie, les maths et la physique.
Le doyen du MIT, Rafael Reif, dit que l’université veut profiter de cette expérience pour déterminer ce qui peut être effectivement diffusé par des cours en ligne et ce qui nécessite une indispensable interaction en face-à-face avec l’équipe pédagogique.
Le professeur Reif, parlant depuis Boston, dit que ce type de formation pourrait aussi être extrêment intéressant pour la formation continue et tout au long de la vie de la population adulte active.
« Il est tout à fait possible que les employeurs souhaitent en savoir plus sur cette offre de cours », dit-il. Mais le projet d’accès libre devra aussi répondre aux questions tournant autour de la relation entre les universités traditionnelles et les cours en ligne - particulièrement quand les étudiants dans les meilleures universités américaines payent plus de $50,000 par an (NdT: environ 37 500?). Le MIT fait évidemment une distinction entre le diplôme obtenu par les étudiants en ligne et ceux ayant suivi l’intégralité du diplôme à l’université. Il va également rendre le support MITx accessible à ses propres étudiants.
L’université explique qu’elle a « alloué plusieurs millions de dollars » pour ce projet et se tournera vers le mécénat pour un éventuel financement futur. Mais l’université, célèbre pour ses sciences et sa recherche en haute technologie, a son propre fonds de dotation qui pèse actuellement environ 8.5 milliars de dollars (NdT: environ 6.4 milliards d’euro).
Le MIT, qui se trouve dans le peloton de tête des classements internationaux, explique qu’il ne peut enseigner qu’à une infime partie des élèves qui souhaitent étudier dans cette université. Le développement en parallèle d’un service de cours en ligne est une façon d’élargir le groupe d’étudiants internationaux.
Un nombre croissant d’universités proposent des cours et ressources en ligne. Le service iTunes U, qui est la version académique de iTunes, propose plus de 500 000 cours disponibles en libre téléchargement. L’Open University et Stanford ont eu plus de 40 millions de téléchargements.
[1] Crédit photo : David Wiley (Creative Commons By)
Les lecteurs du Framablog connaissent bien Cory Doctorow.
Il nous manifeste ici tout son soutien : « Les arts devraient toujours soutenir la libre expression. Les industries culturelles devraient toujours rejeter la censure. Les réunions opaques et les copinages du capitalisme n’ont aucune place dans une société libre… »
On se souviendra du 11 février 2012. Ils s’en souviendront également.
Les photos sont issues de la manifestation contre ACTA de Sofia.

Cory Doctorow - 11 février 2012 - BoingBoing.net
(Traduction Framalang/Twitter : Gee, rangzen, fca, Fragilbert, Aude, Luc)
Aujourd’hui est un jour de protestation générale contre ACTA, l’accord anti-contrefaçon négocié en secret (même les parlements et les autres corps législatifs n’ont pas eu accès aux versions de travail), et que beaucoup de gouvernements (dont le gouvernement des États-Unis) ont prévu d’adopter sans approbation légalislative, ni débat. ACTA est la manifestation d’une liste de cadeaux législatifs faits à l’industrie du divertissement et va profondément compromettre les usages légitimes d’Internet.
Il impose des sanctions criminelles, y compris la prison, pour les gens violant le copyright, ceci incluant les remixeurs et autres artistes et créateurs légitimes. ACTA impose aux gouvernements de couper des sites Web légitimes dont les utilisateurs « aident et encouragent » les violations de copyright, créant ainsi un régime de peur et de censure pour les sites qui acceptent les commentaires et autres médias de la part de leurs utilisateurs, en restreignant les discussions et les débats afin de maximiser les profits de l’industrie du divertissement.
Les arts devraient toujours soutenir la libre expression. Les industries culturelles devraient toujours rejeter la censure. L’arrangement secret et anti-démocratique qui vise à « préserver l’industrie de la création » en imposant la censure et la surveillance à l’ensemble d’Internet n’a aucune légitimité et devrait être rejeté. Si l’industrie du divertissement veut des lois à son seul bénéfice, qu’elle suive alors les processus démocratiques que tout le monde utilise dans les sociétés libres. Les réunions opaques et les copinages du capitalisme n’ont aucune place dans une société libre.
Voici le formulaire pour contacter les législateurs partout dans le monde et leur demander de rejeter ACTA. Beaucoup de nations européennes ? incluant récemment l’Allemagne ? ont coupé court à leur investissement dans ACTA. Le vent tourne. Nous avons gagné le combat SOPA. Nous pouvons gagner celui-ci. Il est temps que les lois affectant Internet tout entier prennent en considération le destin de tout Internet et rejette les intérêts mesquins d’une seule industrie, éclipsant les droits de l’Homme, la liberté d’expression et la liberté de réunion.
Vous pouvez également afficher ce formulaire dans votre site Web.
Stoppez l’ACTA & TPP : dites à vos élus et représentants de ne JAMAIS se servir d’accords commerciaux secrets pour intervenir sur ce qu’est Internet. Nos libertés en dépendent !

Et si un jour quelqu’un inventait une extraordinaire machine capable d’instantanément dupliquer la nourriture[1] pour la téléporter où bon nous semble sur la planète ? Quel merveilleux progrès alors pour l’humanité !
Rien n’est moins sûr dans le monde insensé où nous vivons actuellement?

The parable of the farmers and the Teleporting Duplicator
Mike Taylor - 10 février 2012 - The Guardian
(Traduction Framalang : FredB, Isammoc, Goofy, Lamessen, HgO)
Imaginez un monde où la nourriture serait bon marché et accessible librement, grâce à l’incroyable duplico-téléporteur. Qu’est-ce qui pourrait aller de travers ?
Il était une fois une planète très semblable à la nôtre. Des milliards de personnes y vivaient, et tous avaient besoin de se nourrir. De nombreuses personnes avaient des emplois chronophages qui les empêchaient de cultiver leur propre nourriture, mais la plupart d’entre eux pouvaient manger grâce aux fermiers.
Les cultivateurs produisaient de quoi nourrir toutes les bouches, et les denrées alimentaires étaient transportées par des distributeurs. Même si chacun des fermiers ne cultivait qu’une seule sorte d’aliment, ils pouvaient manger de manière variée, car chaque fermier avait accès à ce que les autres cultivaient.
Les transporteurs prenaient grand soin de s’assurer de la qualité des aliments distribués, ils ont donc mis en place un système dans lequel les fermiers vérifiaient les aliments des autres, en refusant ceux dont la qualité n’était pas assez bonne. Certains distributeurs étaient considérés comme meilleurs que d’autres, parce qu’ils refusaient davantage de produits aux fermiers que les autres, et distribuaient seulement ce qu’il y avait de mieux.
Le système n’était pas parfait, mais il était bon. Les fermiers avaient besoin des distributeurs pour recevoir leur nourriture et pour l’envoyer aux autres fermiers. Puis les distributeurs ont ajouté de la valeur à la nourriture produite par les fermiers : ils l’ont emballée dans un joli paquet.
Il faut admettre que tout le monde ne recevait pas la nourriture : dans chaque pays, certains mouraient de faim, et dans certains pays, la plupart mouraient de faim. Mais globalement, c’était un bon système - les distributeurs, avec leurs réseaux ferrés et maritimes coûteux, faisaient tout leur possible. Tout le monde avait le même objectif : les gens voulaient de la nourriture, les fermiers voulaient leur en faire parvenir, et les distributeurs gagnaient leur vie en rendant cela possible.
Un beau jour, un magicien inventa une machine extraordinaire qui permettait de déplacer les ressources alimentaires d’un point à l’autre intantanément. Plus étonnant encore, la nourriture était présente au point d’origine comme au point d’arrivée. La même nourriture pouvait être téléportées sur un troisième lieu, et un quatrième - autant de fois qu’on le désirait. Non seulement le duplico-téléporteur était un engin stupéfiant, mais en plus il ne coûtait presque rien. Bientôt, des millions de gens du monde entier en furent équipés.
Ce fut une ère merveilleuse. Avec les nouvelles machines, le premier qui tombait sur un mets particulièrement délicieux ou nourrissant pouvait l’envoyer à tous ses amis. Les fermiers pouvaient envoyer leurs nouvelles récoltes directement aux autres cultivateurs, même à ceux qui étaient à l’autre bout de la planète. Les populations des pays les plus reculés où l’agriculture était improductive recevaient la nourriture dont elles avaient besoin.
Chacun pouvait se rendre compte que le duplico-téléporteur avait changé le monde de façon définitive, et que personne ne souffrirait plus de la faim. Un nouvel âge d’or et de prospérité semblait assuré.
« Attendez une minute » demandèrent les distributeurs, « et nous ? Nous représentons un segment non-négligeable de la logistique. Nous ajoutons de la valeur. il vaudrait bien mieux continuer à distribuer les produits alimentaires comme avant, avec des trains et des bateaux ».
Mais tout le monde a immédiatement vu que c’était idiot. L’ancienne technologie était obsolète, la nouvelle meilleure sur tous les points. Face au tollé, les distributeurs se sont rendus compte qu’ils ne pourraient plus faire machine arrière, en faisant comme si le duplico-téléporteur n’existait pas.
« Vous ne pouvez pas nous évincer si simplement du circuit de distribution alimentaire, dirent-ils. Ce serait bien mieux si les fermiers et les braves gens ne pouvaient pas utiliser les duplico-téléporteurs. Nous allons les exploiter pour tout le monde, et vendre la nourriture dupliquée. »
Certains fermiers en étaient furieux. « Nous avons désormais une méthode pour distribuer la nourriture, firent-ils remarquer. C’est rapide et peu coûteux. Maintenant que notre nourriture peut être dupliquée librement, il serait mauvais de limiter l’accès en vous laissant ajouter des frais pour cela. La nourriture ne manque plus : elle a une grande valeur mais un coût faible. Nous devons transmettre cette valeur au monde entier. »
Mais les distributeurs répondirent : « Vous ne pouvez pas simplement distribuer nos aliments et? »
« Attendez une minute, dirent les fermiers, vous avez dit vos aliments ?
- Oui, répondirent les distributeurs, nous vous l’avons déjà dit : nous ajoutons de la valeur aux aliments. Ils sont donc à nous.
- Et comment ajoutez-vous de la valeur ?
- Eh bien pour commencer, nous la faisons examiner par des experts pour nous assurer de la qualité de la nourriture.
- C’est nous qui vérifions la qualité ! s’exclamèrent les fermiers, maintenant vraiment remontés.
- Bon, d’accord. Mais nous gérons l’organisation. Nous choisissons les spécialistes, nous expédions les échantillons, analysons les commentaires des testeurs, et prenons la décision d’accepter ou refuser. Nous sommes les éditeurs de la nourriture. »
Mais ce n’était pas vrai non plus, et les fermiers le savaient bien. C’étaient les fermiers eux-mêmes qui faisaient tout ça, se mettant bénévolement au service des distributeurs pour que chacun travaille au mieux de ses possibilités.
« Ah d’accord, dirent les distributeurs. Mais nous nommons les personnes qui doivent choisir les spécialistes et analyser leurs commentaires. Vous voyez bien qu’on ajoute de la valeur. Et ce n’est pas tout : nous enveloppons aussi les aliments dans de jolis paquets. Alors, vous comprenez, vous autres les fermiers, tout ce que vous faites c’est de fournir la matière première. C’est nous les distributeurs qui la transformons en un véritable produit alimentaire, donc logiquement c’est notre propriété. Nous seuls devrions décider de qui peut recevoir de la nourriture et suivant quelles conditions. Après tout, il nous faut bien rentrer dans nos frais et offrir une plus-value à nos actionnaires ».
Quand ils entendirent ça, les fermiers prirent conscience que les distributeurs n’avaient véritablement aucun droit de propriété sur la nourriture. Pendant un instant, la nourriture semblait pouvoir devenir universellement disponible et gratuite.
Mais les distributeurs dirent quelque chose de sensé : « Comment les gens sauront-ils que votre nourriture est la meilleure tant qu’ils ne verront pas qu’elle est distribuée par les meilleurs distributeurs ? Vous ne progresserez jamais dans l’industrie agro-alimentaire si les gens ne peuvent pas voir que les meilleurs distributeurs acceptent votre nourriture. »
Alors, les fermiers devinrent très calmes et pensifs. Ils savaient tous que leur nourriture devrait être disponible librement à travers le monde. Mais ils voulaient aussi améliorer leurs conditions de travail et développer leurs fermes. Pour cela, ils devaient augmenter leur réputation. Ce n’était pas possible s’ils utilisaient le duplico-téléporteur pour distribuer gratuitement leur nourriture. Mais c’était possible en le donnant aux distributeurs les plus prestigieux, et en leur permettant de vendre des copies de leur nourriture scrupuleusement protégées et contrôlées aux personnes qui pouvaient se l’offrir.
Les fermiers étaient tristes parce qu’ils voulaient que tout le monde ait à manger. Mais que pouvaient-ils faire ? Laisser toute leur nourriture être dupliquée gratuitement sans le soutien d’un distributeur renommé aurait été un suicide professionnel.
Ainsi les choses revenaient comme avant pour les distributeurs, sauf qu’ils n’avaient plus besoin de dépenser leur argent dans des trains et des bateaux onéreux. Et les choses revenaient comme avant pour les gens avec peu ou pas de nourriture : ils vivaient, ou mouraient le plus souvent, exactement comme avant l’invention du duplico-téléporteur.
Et quelque part dans un pays lointain, la tête dans ses mains, le magicien pleurait.
Addendum : Les opposants au libre accès aux publications universitaires peuvent dire que cette parabole est en fait une hyperbole. Elle l’est, mais uniquement sur un point. Quand les gens n’ont pas accès à la nourriture, ils meurent rapidement. Quand ils n’ont pas accès à la science, ils meurent à petit feu.
[1] Crédit photo : Martin Cathrae (Creative Commons By)
Nous vous proposons aujourd’hui de partir à la rencontre de « la plus destructrice force d’Internet ».
À priori cela peut sembler exagéré pour une simple extension d’un navigateur. Il y a pourtant du vrai, car si nous nous retrouvions tous à l’utiliser un géant comme Google ferait plus que vaciller sur son socle.
Il s’agit de l’application Adblock Plus qui une fois installée sur Firefox ou Chrome ne réalise qu’une seule chose mais quelle chose : faire disparaître la publicité sur les sites visités !
Pour les internautes que nous sommes c’est une bénédiction, mais pour tous ceux dont le modèle économique repose avant tout sur l’affichage de publicités c’est une terrible menace potentielle (Google, mais aussi Facebook, Yahoo!, la presse mainstream, etc.).
Pour ne rien arranger (à leurs affaires) une prochaine directive européenne va bientôt obliger les sites à prévenir le visiteur de la présence de cookies et demander à ce dernier son autorisation préalable avant de les installer sur sa machine. Bien plus de personnes se rendront alors compte qu’elles sont pistées et partiront alors à la recherche de logiciels antipub comme… Adblock Plus.
Sauf que rien n’est simple en ce bas monde. Comme s’ils craignaient d’eux-même les effets dévastateurs de leur propre application, les développeurs du projet ont récemment mis de l’eau dans leur vin en apportant un changement majeur à la version 2 de décembre dernier : le non blocage par défaut de toute la publicité, en laissant volontairement passer celles jugées subjectivement « acceptables ». L’argument n’est plus alors de l’éliminer mais de « l’améliorer ».
Pour certains utilisateurs ce fut un tremblement de terre, voire une trahison (près de 500 interventions sur le journal LinuxFr dédié mine de rien !). Et l’on ne tarda pas à voir émerger un fork, Trueblock plus, rétablissant la situation antérieure.
Il faut dire que nous sommes quelques uns à souhaiter mettre en place d’autres modèles que ceux majoritairement ou exclusivement basés sur la publicité. Et que plutôt que de d’évoquer la destruction possible de tout Internet, peut-être serait-il plus prudent de parler d’un certain Internet (qui ne serait donc pas le nôtre).
Bref, beaucoup de choses à dire en perspective dans les commentaires, mais en attendant faisons un peu mieux connaissance avec ce logiciel libre pas comme les autres.

Meet the most destructive force on the internet
Charles Orton-Jones - 3 février 2012 - LondonLovesBusiness
(Traduction Framalang : Clochix, Goofy, Anonymous, Mandourin, Lamessen)
Adblock Plus coûte les yeux de la tête aux entreprises sur Internet. Et comme de nouvelles lois s’imposent pour réglementer la publicité en ligne, l’extension pourrait ravager les revenus de la pub à l’échelle de la planète.
Quels dégâts deux allemands de Cologne peuvent-ils bien causer à Google ?
« Oui, nous leur avons sans doute déjà coûté des milliards », déclare Till Faida. J’ai demandé combien de milliards. Trois, quatre, cinq ? « Ça pourrait bien être cinq milliards » m’a répondu Faida. Il n’en est pas sûr.
Faida et son collègue Wladimir Palant constituent l’équipe derrière Adblock Plus, l’extension Firefox [la plus téléchargée de tous les temps. Adblock Plus est gratuite. Elle ne réalise qu’une seule petite tâche, mais une tâche hautement destructive. Elle bloque toute la pub sur le Web.
En installant Adblock Plus vous pouvez être sûr de ne plus jamais voir de publicité. Y compris les annonces sur lesquelles reposent les revenus de Google.
Je l’ai découverte il y a des années.
Land Rover avait une publicité incroyablement gênante. Je me souviens avoir essayé de lire le site du Financial Times et avoir vu la Land Rover dans le coin rouler au dessus du texte, faire un demi-tour au frein à main au milieu, tourner brusquement vers la gauche puis glisser vers le bas de la page rose. C’était une intrusion intolérable. J’ai cherché comment résoudre le problème et découvert Adblock Plus. Je l’ai installé en deux clics, et? soudain le Web était à nouveau propre.
Au revoir la publicité Land Rover. Adieu les publicités Google. Et adios les bannières clignotantes me racontant que j’avais gagné un téléphone portable. Adblock Plus vous permet de naviguer en paix sur le Web. Les pages se chargent plus vite. Même les vidéos YouTube démarrent sans le préambule publicitaire.
L’extension fonctionne avec les navigateurs Firefox et Google Chrome. D’autres versions existent pour tous les autres navigateurs.
Naturellement, Adblock Plus est très populaire. Les chiffres d’utilisation ne sont pas certains, mais Faida estime qu’aux USA l’extension bloque 4% des publicités. En Allemagne, ça serait 12%. « Ces chiffres sont anciens, ça pourrait être plus », dit Faida.
L’extension a déjà été téléchargée 149 millions de fois, au rythme actuel de 100 mille par jour, même s’il est important de préciser que de nombreux téléchargements sont des ré-installations ou des installations sur une autre machine du même utilisateur.
Plus les utilisateurs sont technophiles, plus il y a de chances qu’ils installent Adblock Plus. « Sur certains blogs techniques en Allemagne, jusqu’à 70% des publicités sont ainsi bloquées », déclare Faida. D’autres sites, plus grand public, évoquent seulement un chiffre de 10%.
L’effet d’Adblock Plus sur le trafic publicitaire peut être dévastateur.
La toile est jonchée de plaidoiries de propriétaires de contenus et de publicitaires qui veulent se débarrasser de cette extension. Voici une complainte typique : « Je suis webmaster et Adblock Plus endommage mon site de la même façon aussi sûrement que si votre maison brûlait ! J’aimerais que tous ses utilisateurs ressentent ce que nous, les webmasters, ressentons. Notre seule source de revenus est constituée des publicités sur le côté de nos pages. Si vous bloquez ces publicités, qui va payer nos factures ? »
Même le puissant Google a une section dédiée à cette menace dans son rapport annuel. Elle indique que « L’essentiel de nos revenus proviennent des annonceurs qui nous paient pour afficher des publicités sur les pages Web. De ce fait, les technologies de blocage des publicités peuvent défavorablement affecter notre résultat opérationnel. »
À présent, voici le problème. Au mois de mai, il va devenir obligatoire pour tous les sites Web d’informer leurs visiteurs de la présence de cookies autorisant à les tracer. Contrairement à aujourd’hui il faudra alors explicitement demander à l’internaute la permission d’installer des cookies sur sa machine. La méthode choisie sera probablement un formulaire nécessitant de cliquer sur Oui ou Non.
La nécessité du « consentement au cookie » va faire tout d’un coup hautement prendre conscience aux internautes qu’ils sont traqués et ciblés par les publicités. Pour beaucoup ça sera une révélation dérangeante. Il est probable qu’il utilisent le Web depuis des années sans savoir ce qu’est un cookie, ni ce qu’il fait.
Le souhait de bloquer les pubs pourrait alors monter en flèche, avec des potentiellement conséquences désastreuses pour les annonceurs et les éditeurs de contenus.
J’ai réalisé une interview avec les gars d’Adblock Plus pour entendre leur son de cloche. Peuvent-ils vraiment détruire la poule aux ?ufs d’or sur Internet ? Quel est leur but ? Et quelle a été la réaction de Google quand plusieurs milliards de dollars lui sont passés sous le nez ? Aucune entreprise ne peut se permettre d’affronter une telle menace en restant passive et inerte. Pas plus Google que Facebook, Yahoo, AOL et des millions d’autres sites dépendants de la pub.
Wladimir Palant est le développeur d’AdBlock plus. Il a repris le projet en 2006 (d’où l’ajout du Plus), après l’abandon de celui-ci par Henrik Aasted Sørensen qui l’avait lancé en 2002. Palant a entièrement réécrit l’application, et en a fait presque aussitôt l’extension pour Firefox la plus téléchargée au monde.
Till Faida a rejoint Palant il y a deux ans après l’avoir rencontré à l’occasion d’une recherche pour sa thèse universitaire dont le sujet était justement l’influence des bloqueurs de pub sur les revenus d’Internet.
Palant m’a confié par mail que l’anglais de son collègue était meilleur, et que donc c’est Faida qui répondrait.
Au téléphone, Faida a immédiatement insisté sur le fait qu’il n’ont rien d’un duo d’anarchistes, et qu’ils ne se délectent pas à l’idée de priver des sites de leurs sources de revenus
« Wladimir est bien conscient que les pubs sont nécessaires. Il ne veut en aucune façon détruire la publicité. Un tas de gens dans la communauté savent bien que la publicité est jusqu’à ce jour le seul mécanisme de financement des contenus libres sur Internet. Il veut seulement que les utilisateurs aient le contrôle sur ce qu’ils voient sur leur écran. »
Les duettistes sont-ils conscients des torts qu’ils causent aux propriétaires des sites ?
« Oui. Un site techno ici en Allemagne nous a dit que 40% de leurs pubs étaient bloquées. Ils ont envoyé un journaliste assister à une conférence aux États-Unis. S’ils avaient eu des revenus supérieurs ils en auraient envoyé deux. Nous savons bien qu’Adblock plus est maintenant si populaire qu’il peut devenir une arme detructrice pour l’écosystème d’Internet ».
Le pire scénario possible ? « Globalement, 50% de toutes les pubs pourraient être bloquées ».
Cela diminuerait d’un coup la valeur de Google de 90 milliards de livres (NdT: environ 109 millard d’euros), celle de Facebook serait divisée par deux. Les quotidiens, depuis le Telegraph et le Guardian jusqu’aux sites Web comme The Register et The Daily Mash devraient lutter pour leur survie.
En fait, Palant et Faida sont si conscients du pouvoir de leur produit qu’ils ont décidé de l’atténuer. En décembre, ils ont modifié Adblock Plus de sorte qu’un nombre limité de publicités puissent être affichées, par défaut.
Les utilisateurs en devinrent fous furieux, accusant le duo de s’être vendus. L’exacerbation des passions en ligne mérite le détour.
Pourquoi ont-ils autorisé ce changement ?
Faida déclare : « Nous avons enquêté et découvert que les utilisateurs ne sont pas contre les publicités, mais seulement contre celles qui sont agaçantes. Nous voulions trouver un juste milieu. L’initiative des « publicités acceptables » est le premier pas qui doit permettre d’atteindre ce but ».
Il explique que les utilisateurs peuvent toujours bloquer complètement les publicités, mais qu’ils doivent pour cela modifier les réglages par défaut. Pas compliqué, mais en permettant à quelques publicités de se glisser ici et là, deux buts ont été atteints. Tout d’abord, les utilisateurs prennent conscience de la sophistication du produit. Et plus important encore, les concepteurs de publicité sont incités à créer des publicités claires et non intrusives.
« Nous avons un ensemble de critères que doit respecter une publicité pour être affichée », déclare Faida. Les publicités ne doivent pas clignoter, ne doivent pas cacher le texte, se déplacer, ou essayer de duper les utilisateurs (« Le millionième utilisateur qui cliquera ici aura un prix !!! »).
« Nous voulons rendre la publicité meilleure. C’est notre mission : améliorer le Web dans son ensemble ».
Selon la nouvelle règlementation, énoncée ici, les publicités qui se conforment à la politique de bonne conduite seront ajoutées manuellement à la liste blanche, ce qui leur donnera un statut privilégié par rapport à la liste de base d’Adblock Plus. Les utilisateurs peuvent modifier les préférences pour restaurer un bloquage complet, mais Faida et Palant sont persuadés que la plupart d’entre eux seront heureux de laisser passer les bonnes pubs. « Nous pensons que 75% des utilisateurs l’accepteront volontiers » déclare Faida.
Curieusement, la société de Faida et Palant; Eyeo GmbH, n’a aucun revenu. Adblock Plus est distribué gratuitement. Comment donc font-ils pour survivre ?
« Nous recevons des dons, mais pas suffisamment pour couvrir nos frais. Nous avons eu un investisseur privé qui partage nos objectifs. C’est comme cela que nous pouvons nous financer seuls pendant une période assez longue. Nous devons réfléchir au moyen de générer des revenus, mais il n’y pas d’urgence. »
Il dit que Google ne les a jamais contactés. Je le charrie en lui signalant que ça vaudrait le coup pour Google de proposer un milliard de livres (NdT: environ 1.2 milliard d’euros) pour acheter Adblock Plus et tirer le rideau. « Wladimir ne ferait jamais une chose pareille », répond Faida.
Je ne le crois pas sur parole.
Au mois de mai, il va donc y avoir grand changement sur le front publicitaire quand la directive de « l’acceptation du cookie » entrera en vigueur. De plus, il y a aussi le projet de faire ajouter une icône pour chaque publicité déclenchée par un cookie. European Advertising Standards Alliance et Internet Advertising Bureau of Europe sont derrière ce projet. Les internautes vont davantage se rendre compte qu’on les observe.
Ces initiatives bien intentionnées vont-elles envenimer les choses à l’heure où la popularité d’Adblock Plus grimpe en flèche ?
Oliver Jameson, propriétaire du site de rencontres Cougared.com (où les hommes doivent avoir moins de 35 ans et les femmes, plus de 40) est très inquiet : « Si une masse critique d’internautes installe des logiciels de navigation qui empêchent l’affichage des publicités, inévitablement, les publicitaires verront une réduction du nombre de clics (car les clics aussi mesurent le trafic) et de la notoriété des marques. Comme à peu près tout ce qui est en ligne est quantifiable, les effets seront rapides et dévastateurs. Les publicitaires vont mettre en doute l’intérêt de placer leurs publicités sur les sites Web, ce qui signifie que de nombreux sites dont la survie dépend des rentrées publicitaires seront dégradés, abandonnés, et finiront simplement par cesser d’exister. En fait, beaucoup cesseront d’exister sous leur forme actuelle, en tant que services gratuits, et certains tenteront sans garantie de se recycler sous la forme d’une offre payante. »
D’autres sont plus optimistes. Richard Beaumont, du Cookie Collective, un organisme de recherche qui aide les entreprises à affronter le défi d’obtenir le consentement des internautes tout en respectant la nouvelle directive, dit : « La nouvelle loi peut réduire le besoin de recourir à des outils comme Adblock Plus. Les sites vont devoir obtenir le consentement des internautes, et vont donc concevoir leurs publicités de manière plus réfléchie. » Il dit que ça pourrait se révéler être une opportunité à saisir. « Les entreprises qui jouent la transparence et suscitent la confiance s’en sortiront bien. »
S’il a raison, il n’y a pas lieu de s’inquiéter.
Si c’est Jameson qui a raison, et que le blocage des pubs s’apprête à se répandre comme un virus, alors l’Internet va se retrouver en état de choc.
Demain samedi 11 février c’est action contre ACTA dans tout l’Europe (pour se coordonner ici ou là) ! Il va sans dire que nous y serons en espérant être aussi nombreux et dynamiques qu’à Cracovie il y a peu.
Notre ami Gee propose sur son site une page spéciale avec des affiches en SVG pour vous pancartes, dès fois que vous manqueriez d’inspiration (affiches évidemment libres pour modifier les slogans s’il ne vous conviennent pas).
Les pays de l’est ont montré l’exemple et fait reculer leur gouvernement, nous nous devons de leur emboîter le pas…


Crédit : Simon Gee Giraudot (Creative Commons By-Sa)